Description courte

Terrorisme, fanatisme, attentats-suicides… Pendant que les médias nous abreuvent des actions d’une minorité extrémiste, des millions de Palestiniens vivent dans des conditions inacceptables, entassés depuis bientôt 60 ans dans 59 camps disséminés à travers le Moyen-Orient :

Gaza, Cis-Jordanie, Liban, Syrie, Jordanie…

Ils étaient 750 000 en 1948 à devoir fuir leur patrie. Aujourdhui les Nations unis recensent 4 255 120 réfugiés palestiniens. 893 426 familles.
1 259 813 réfugiés sont pris en charge par l’UNRWA, organisme des Nations unies chargé des réfugiés palestiniens de 1948 et de leurs descendants. 2 995 307 réfugiés dépendent des ONG et autres organismes de bienfaisance. Ces chiffres ne nous apprennent rien des histoires vécues, de la joie et de la douleur, de l’espoir et des rêves brisés.

Au Liban, pays de la reconstruction et de la liberté retrouvée, 400 000 Palestiniens (sur)vivent dans 12 camps officiels sans droits civils ni politiques.

 Qui sont ils? Comment vivent ils?

Tarek Charara nous offre, à travers «à l’ombre de Chatila», une image tendre et inhabituelle des habitants du plus connu des camps de réfugiés palestiniens au Liban. Laissant de côté les différences, Tarek Charara se concentre sur ce qui rassemble, tranches de vie qui, sur fond de malheur tragique, contiennent tous les éléments d’un quotidien presque «normal». 

L’exposition «à l’ombre de Chatila» a été primée en 2004 au Festival Off de Visa pour l’Image à Perpignan.

L’auteur, Tarek Charara, né d’un père libanais et d’une mère allemande, a reçu de leur union le sens de la complexité dialectique, la propension à la nuance, le goût de la synthèse et ceci sur les multiples plans de la vie d’un homme: la nationalité, la culture, les langues parlées, les spiritualités offertes. De cette double origine il a reçu une aptitude affirmée à distinguer pour unir.

Son profil professionnel, un et multiple, est fait d’une gamme de compétences affirmées: photographe, directeur artistique dans l’édition et la publicité, journaliste; maîtrise sans faille d’une multitude de langues parlées… autant de marqueurs d’une rare malléabilité dans l’écoute et la vision.

Description

Dans la lumière de Chatila

Aucun lieu en Palestine, aucun camp de réfugiés palestiniens au monde n’a autant de signification pour moi que Chatila. J’y ai fait mes premiers pas de militante lorsqu’en 1968, réagissant à la défaite de juin 1967, je pris la décision d’adhérer au Fatah, le mouvement de libération national palestinien. J’y ai vu le déclenchement de l’Intifada, la première, en 1969, qui mit fin au règne dur de la Sûreté Générale et du 2e bureau de l’armée libanaise pour confier la gestion du camp à l’OLP et au comité populaire mis en place par les réfugiés eux-mêmes. Ce fut une immense fête.

C’est aussi à Chatila que je fis face, pour la première fois, aux soldats de l’armée israélienne, qui envahit Beyrouth en Septembre 1982 et organisa les massacres1 de la population civile dont je fus témoin avec Jean Genêt.2 Ce fut une immense tragédie.

Pour toutes ces raisons, c’est avec beaucoup d’émotion, de douleur, mais aussi de joie, que j’ai retrouvé les images sobres et dignes des habitants de Chatila que Tarek Charara nous donne à voir. Pour ces mêmes raisons, Chatila fut un lieu de lumière, dans le long parcours du peuple palestinien.

Au début du livre, l’espace public, à l’extérieur, réduit à un labyrinthe de ruelles aux entrailles ouvertes où pendent les fils électriques et les lignes de téléphone. Un espace d’où le soleil est banni et dans lequel on devine les traces d’une vie normale. Ici du linge qui pend, là les fresques célèbrent le retour du pèlerinage à La Mecque et partout les graffitis qui ponctuent les événements politiques. Le camp, cet espace aménagé par les Nations unies pour accueillir les 750000 réfugiés expulsés de leur pays en 1948 en attendant leur retour promis en Palestine. Un espace sans infrastructure, sans conditions d’hygiène acceptables, qui devait être temporaire et qui dure depuis 57 ans. Un espace que les réfugiés ne peuvent ni aménager ni améliorer, mais où ils peuvent re-constituer leurs villages disparus, engloutis en Israël ; 430 villages furent détruits pour empêcher les réfugiés de revenir sur leurs pas. Comme l’explique brillamment l’historien palestinien Elias Sanbar : «le Palestinien se perçoit comme l’être-territoire, un exilé qui porte son lieu natal et sa patrie».3 C’est dans le camp que la mémoire et l’identité palestinienne survivent grâce à la volonté inébranlable des réfugiés. C’est là que je découvre, à 18 ans, ma Palestine à moi, à proximité de là où suis née à Beyrouth et où habitent 380000 Palestiniens entassés dans 15 camps de réfugiés, qui n’ont aucun droit civil ou politique, mais qui décident de se relever, de défendre leurs droits à la dignité, à la gestion de leur vie sociale, culturelle et politique.4 Une «Intifada» à laquelle j’ai participé en découvrant que même l’espace le plus triste et le plus pauvre peut devenir un foyer de créativité, d’initiative et de vie populaire lorsqu’il y a volonté politique. C’est cela aussi qu’évoquent pour moi les photos de Tarek Charara et c’est aussi ce qui explique le choix d’Ariel Sharon de ce camp en particulier pour perpétrer le massacre de 1982. Il fallait briser cet esprit de résistance, briser l’Intifada et détruire ainsi l’OLP au Liban.

J’ai été très sensible au fait que Tarek Charara donne une identité et raconte l’histoire personnelle des personnes qu’il photographie : Abdallah Taleb Alsalhani qui conserve la clé de sa maison à Bassa en Palestine ; Kheir Mohsen victime de la répression aveugle d’une sécurité libanaise aux abois ; Hajj Hafez Ali Osman résistant de la première heure et les survivants du massacre dont on retrouve l’histoire tragique dans le texte émouvant de Tarek Charara. Trop souvent les victimes palestiniennes sont anonymes. Ici elles sont très identifiées. Avant tout par leurs intérieurs qui contrastent très fort avec le délabrement de l’espace public. Un intérieur réduit au minimum où la même pièce sert de salon, de salle à manger, de cuisine et de chambre à coucher. Une propreté et un souci de décoration attachant de simplicité. Tarek Charara nous donne le sentiment à travers ces portraits de famille qu’on rentre dans l’intimité des habitants du camp, dans l’espace réservé aux proches, chez Nadima Youssef Saïd Nasser et ses filles ; chez Samiha Abbas Hijazi, Umm Ali ; chez Mohammed Shawqat Abou Roudaina et surtout chez la magnifique famille Hindawi, qui symbolise pour moi tout l’esprit de dignité, de courage et d’humanisme des réfugiés palestiniens. Tarek Charara réussit à travers la série de photos de cette famille à nous faire partager la tendresse, l’amour, la solidarité de cette famille si unie, si forte. L’inventivité de Jamal al-Hindawi, chômeur comme 90% des habitants du camp, qui bricole des ordinateurs avec des pièces détachées pour donner des cours d’informatique aux enfants du camp, est représentative de l’esprit d’initiative, de résistance pacifique, de foi dans l’éducation des jeunes dont font preuve les habitants du camp. Ce souci d’assurer la meilleure éducation aux enfants de toutes les générations montre la foi que les Palestiniens ont dans leur capacité de créer les conditions de leur modernité.

En 57 ans de vie dans le camp, quatre à cinq générations de Palestiniens ont grandi dans des conditions inadmissibles. Ils ont puisé dans leur détermination à défendre leur identité de Palestiniens, dans leur droit au retour dans leur patrie, dans la mémoire de leurs villes et villages disparus, la force de l’espoir. C’est le sens du nom de leur école «Beit Atfal Assoumoud»5, à l’origine l’école des enfants orphelins du camp, aujourd’hui celle qui reçoit les plus démunis.

L’UNRWA assure l’enseignement à partir de la première classe du primaire jusqu’au baccalauréat. Elle manque de moyens et de salles de classe, alors le système est à deux temps. Les élèves sont soumis à un demi-horaire par jour pour permettre à tous les élèves de suivre les classes. C’est ce qu’on appelle le «double-shift system». Ils réussissent malgré les difficultés, mais pour se retrouver sans débouchés réels puisque le gouvernement libanais leur interdit 70 professions au Liban.

Alors, quel avenir pour les enfants de Chatila et des 14 autres camps du Liban ? C’est la question à laquelle nous convie Tarek Charara qui, à travers le regard qu’il porte dans cet essai photographique plein de pudeur, de sensibilité, de respect et d’amour, interpellera, j’espère, chacun et chacune d’entre nous.

Pour cela, je lui suis très reconnaissante.

Paris, le 25 avril 2005

Leila Shahid

Déléguée Générale de Palestine en France


1. Leila Shahid Berrada : Les massacres de Sabra et Chatila,
Revue des Etudes Palestiniennes, n°6, 1983.
2. Jean Genêt : Quatre heures à Chatila,
Revue des Etudes Palestiniennes, n°6, 1983
3. Elias Sanbar : Figures du Palestinien : Identité des origines, identité de devenir, Gallimard, 2004.
4. Souhail M. al-Natour :
Les Palestiniens du Liban : situation sociale, économique et juridique, Editions Dar al-Taqqadom al-Arabi, Beyrouth, 1993.
5. La maison des enfants de la résistance pacifique.

à l’ombre de Chatila

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Poids 1000 g
Dimensions 24 × 24 × 1,9 cm
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Bichromie

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160

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